Poème du chef
"Le connaisseur" (en un mot...)

Un jour dans sa belle auto, allait on ne sait où
Un client potentiel, celui « qui vaut le coup ».
Il arrivait à Saint-Jean-la-Rivière:
L’Aubergerie del Campo était au détour.
La cuisine du chef, elle, sérieuse chaque jour
Se voulait authentique, été comme hiver,
Le client en eut fait aisément appétit.
Les plats étaient là, il n’avait qu’à les prendre…
Mais connaisseur, il préféra attendre
De trouver bien plus attirant, plus joli…
Il était trop tendance et savait reconnaître
Un bon restaurant - de l’extérieur peut-être ?
Après lecture des menus, l’appétit vint ; le client
Vit de la rambarde en s’approchant :
Nulle chose qui brillait comme en ville tout à l’heure…
L’approche ne lui plut pas; il s’attendait à mieux
Habitué des bons restaurants qui feraient tant d’envieux…
« Cuisine soignée » , « vu a la télé »…
Allons, dit-il, je n’ai pas investi, dans autant de crédits
16 soupapes, pare-buffle, 4 roues motrices,
Ma compagne tatouée, tongs, piercing et string,
Manger comme les autres me semble plus propice
Si c’était un bon restaurant, il y aurait plus de choix, de clients.
Me fatiguer a descendre - mais pour qui me prend-on ?
L’Aubergerie del Campo rebutée, il ne trouva pas tant
Ouverts, comme il le pensait, de si bons restaurants.
La tendance ne l’ayant pas rassasié,
Il se priva donc de déjeuner.

Ne soyons pas si conditionnés
Les à priori sont souvent débiles
Hier encore, vous vous êtes fait arnaquer
Menus à 11.92, vaisselle de CAP 3000
D'être de Gauguin les tableaux avaient l'air
Et le buffet à volonté, comme l'aime tant grand-mère :
Ce n'est pas une fois attrapé qu'il faut se plaindre de tout,
Mais avant de dire « les autres y sont, pourquoi pas nous ? ».
Ne pas avoir d'avis personnel, quelle importance ?
Puisque c'est comme cela que l'on devient tendance...